Le fil de la médiathèque

Veille de bibliothècaire

Archives mensuelles de “janvier, 2013”

Préparation des concours de bibliothèque : un glossaire indispensable

logo glossaire CFCBPour aider les candidats aux concours des métiers de bibliothèque dans leur révision, les CRFCB ont créé un glossaire bibliothéconomique, qui propose aujourd’hui 1.167 entrées.

De « Learning center » à « Rameau », en passant par « Liseuse » ou « Indexation », ce sont tous les termes classiques et nouveaux de notre profession qui sont ici définis, expliqués et enrichis par d’autres documents lorsque cela s’avère nécessaire (l’entrée « Hadopi » renvoie vers le texte de la loi sur Légifrance, par exemple).

La consultation se fait, au choix, par ordre alphabétique ou par approche thématique : des catégories (« recherche documentaire », « services au public ») sont proposées dès la page d’accueil. Un moteur interne permet également de rechercher un terme, dans le titre ou le texte des articles.

Résolument pratique (navigation intuitive, interface agréable, définitions claires et précises) et collaboratif (chacun peut déposer des commentaires ou partager sur son réseau social préféré), ce glossaire s’enrichit de nouvelles entrées en fonction des sujets de concours, de l’actualité bibliothéconomique ou des suggestions des internautes qui le consultent. En s’abonnant à sa newsletter, on se tient ainsi au courant des nouveux articles publiés.

Formateurs en bibliothéconomie, enseignants en sciences de l’information, professionnels de la documentation … n’hésitez pas à utiliser et promouvoir cet excellent outil (qui a pour projet de s’enrichir de termes propres aux bibliothèques de la ville de Paris, et de traductions en anglais).

Tagged: définitions, glossaire

Cet article provient de ABES le blog de la formation http://laformation.abes.fr/2013/01/11/pour-bien-preparer-les-concours-de-bibliotheque-un-glossaire-indispensable/

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Le Réseau Carel entre en campagne | Enssib (+2)

Partagé par Bibliobsession – Silvae, Lionel Maurel – Calimaq

Commentaire de Lionel Maurel – Calimaq : 
« La publication d’un document de Recommandations pour le livre numérique en bibliothèque publique, le 5 décembre 2012 a constitué la première étape de cette campagne pour solliciter les adhésions, en formalisant les enjeux de la diffusion et le positionnement de l’association.  »

Lire l’article original

Cet article provient de Le Bouillon des Bibliobsédés http://www.enssib.fr/breves/2013/01/14/le-reseau-carel-entre-en-campagne?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=le-reseau-carel-entre-en-campagne-enssib

La bibliothèque troisième lieu, vers une redéfinition du modèle de #bibliothèque – http://t.co/3CjSzqvg #LearningCentre #IdeaStore #BookBar

La bibliothèque troisième lieu, vers une redéfinition du modèle de #bibliothèquehttp://t.co/3CjSzqvg #LearningCentre #IdeaStore #BookBar

Cet article provient de #bibliotheque – Twitter Search http://twitter.com/annebb0/statuses/291834128620462080

Rétribuer les lecteurs qui lisent les livres !

Kevin Kelly est toujours un stimulant iconoclaste. Combien de livres achetés ne sont finalement pas lus ? Certainement beaucoup plus qu’on ne le pense. D’où l’idée de proposer de rétribuer les lecteurs qui ont lu un livre du début à la fin. Cette idée, il pensait la breveter… Mais comme les idées ne font pas nécessairement projet, il a décidé de publier son idée et de la libérer. Pourquoi, parce qu’en tant qu’auteur et éditeur et lecteur, il voudrait que cette option demain lui soit proposée.

Imaginons explique-t-il que chaque lecteur qui achète un livre, 5 $, se voit rembourser 6 $ s’il le termine. Les logiciels de lecture savent désormais nous dire qui termine et ne termine pas un livre. On sait même qu’un tiers des lecteurs ne dépassent pas la 50e page d’un livre. On pourrait utiliser ces logiciels de lecture (qui espionnent déjà nos habitudes de lectures, sans contrepartie) pour analyser le comportement de lecture et vérifier si un acheteur a vraiment lu le livre. Si les comportements de lecture (vitesse de lecture, progression régulière dans le temps…) sont corrects, alors le dispositif pourrait initier un remboursement prédéterminé à l’acheteur. L’idée de Kelly est même de proposer une somme légèrement supérieure au lecteur, pour que sa lecture lui rapporte même un peu d’argent.

Cette incitation pourrait bien sûr encourager les ventes d’un titre en diluant l’idée que l’achat d’un livre finalement ne coûte rien, puisque si on le termine, on sera plus que remboursé. L’éditeur, lui, verrait ses ventes augmentées alors que le remboursement ne se ferait que sur la proportion de lecteurs terminant le livre, restant elle, relativement stable. Pour Kelly, le système serait gagnant/gagnant. Si l’acheteur achète le livre et ne le lit pas en entier, il dispose toujours du livre et en a payé un prix acceptable. Si l’acheteur a fini le livre, il le possède toujours et a gagné de l’argent pour cela. L’éditeur ne perd qu’une petite quantité de vente, compensée par l’augmentation des ventes générales. Le ratio de redistribution peut-être ajusté en fonction du prix de l’ebook ou du genre. « Ce mécanisme ne nécessite aucun matériel nouveau qui n’existerait pas déjà aujourd’hui », estime Kevin Kelly. Au mieux, un meilleur matériel (comme une technologie de tracking du regard) permettrait de mieux mesurer si la personne a bien lu le livre… Mais elle n’est pas une condition indispensable.

Bien sûr, cette argutie marketing ne fera pas globalement que les gens liront plus de livres du début à la fin. Bien sûr, le jour où ce modèle se mettrait en place, des programmes de robots lecteurs tournant les pages de nos liseuses et tablettes pour nous pourraient se développer. Mais on peut imaginer d’autres compléments. Des captchas, des quizz… bref, des systèmes pour vérifier que le lecteur est bien humain. Peut-être faut-il se limiter à rembourser le livre lu et ne pas payer en plus afin de limiter le détournement du système, suggère un commentateur. En commentaire, Nicholas Carr se moque même de Kelly : « suggérez-vous qu’il faudrait désormais payer pour maintenir le statu quo de la culture livresque ? » Un autre commentateur reste circonspect. Pour lui, ce mécanisme qui récompense l’échec (des livres non lus rapportent plus que des livres lus) et punit le succès pour l’auteur et l’éditeur n’est pas une bonne chose à terme. Cela donne même une prime aux mauvais livres et aux mauvais auteurs sur les meilleurs, car beaucoup comme lui voient d’abord ce que l’éditeur doit rembourser avant de voir l’augmentation potentielle des gains.

En même temps, si le système était généralisé, n’en reviendrions-nous pas au statu quo actuel ? La gratuité – ou son accessibilité à très faible coût, comme le propose l’idée d’un Spotify du livre – de la culture est-elle un critère de stimulation suffisant ?

L’innovation marketing autour du livre est souvent assez rare. OnlyIndie s’était lancé en juin 2012 autour d’un concept plutôt rafraichissant, expliquait Actualitté (voir également les explications de Digitalbookworld. « Sur le site, tous les livres sont vendus à 0 $, le temps des quinze premiers téléchargements de chaque titre. Le prix de chaque livre est augmenté d’un penny (0,007 euro) autant de fois qu’il est acheté, avec un plafond de 7,98 $. Si un livre n’est pas acheté une seule fois pendant 24 heures, son prix commence à baisser de telle sorte qu’il revienne à 0 $ au bout de 100 jours sans achat. Les auteurs perçoivent 50 % du prix de vente entre 0,01 $ et 1,99 $ et 75 % si le prix est situé entre 2 $ et 7,98 $. Ils peuvent également fixer une autre limite de prix de leur oeuvre, tant qu’elle reste inférieure au plafond maximal prévu. » Reste qu’OnlyIndie a depuis fermé. Pas si simple de s’imposer dans un monde de plateformes marchandes devenues mondiales.

Ce qui est sûr en tout cas, c’est qu’il ne faudra certainement pas attendre très longtemps pour qu’un éditeur ou une plateforme tente l’expérience proposée par Kelly. Pas sûr qu’elle se termine mieux que celle d’OnlyIndie… Sauf peut-être si elle devient la politique d’innovation d’un des géants de la librairie électronique pour distancer la concurrence. Finalement, s’il y en a qui savent si cette politique pourrait être rentable, c’est bien eux, les Amazon, Google et Apple, puisqu’ils savent déjà ce que nous lisons et ne lisons pas dans nos livres.

MAJ du 23/01/2013 : ActuaLitté évoque Total Boox, une nouvelle plateforme qui propose aux internautes de lire d’abord et de payer ensuite et qui envisage même un abonnement pour un usage illimité des livres de la plateforme…

Cet article provient de La Feuille http://lafeuille.blog.lemonde.fr/2013/01/17/retribuer-les-lecteurs-qui-lisent-les-livres/#xtor=RSS-32280322

BnF : Vendre le domaine public n’est pas le rôle de ses gestionnaires

Le silence du ministère de la Culture a quelque chose… de prévisible. Alors que la BnF a annoncé que deux accords étaient signés pour la numérisation de 70.000 livres et 200.000 disques vinyles, d’aucuns y voient l’aboutissement d’un vieux projet porté par Bruno Racine, président de la BnF. Le successeur de Jean-Noël Jeanneney avait annoncé dans un livre, qui répondait à celui du précédent directeur, son intention de passer par les entreprises du Web pour assurer la numérisation. À l’époque, Google avait toutes ses faveurs. Aujourd’hui, il semble bien que la BnF ait mis le ministère au pied du mur…

 

 

 BNF

La BnF

BigPilou, (CC BY-NC-ND 2.0)

 

 

Le projet de numérisation pose de multiples questions. D’abord dans sa logique même : s’inscrivant dans le cadre du Grand emprunt, la numérisation des oeuvres du domaine public doit répondre à un impératif de monétisation. Mais, si dans l’esprit d’Alain Juppé et Michel Rocard, à l’origine du Grand emprunt, l’intérêt était de financer des activités avec une certaine rentabilité en ligne de mire, il est douloureux de faire rentrer le patrimoine culturel dans une logique pareille.

 

« On ne mesure pas le secteur culturel en termes de rentabilité », explique Hervé Le Crosnier, enseignant chercheur à l’université de Caen, spécialisé dans les technologies du web et la culture numérique. « Il semblerait plutôt que la valorisation du patrimoine soit effective quand les gens s’en servent. Le patrimoine doit être rendu accessible, et pas encadré par des accords introduisant une exclusivité dans les usages et les accès. » 

 

Or, c’est bien le projet que soutiennen la BnF et son directeur : une numérisation opérée dans le cadre des partenariats publics privés, avec de multiples restrictions, ainsi qu’a pu le montrer ActuaLitté. Une fois ces oeuvres numérisées – livres, vinyles, ouvrages anciens et presse – les conditions d’accessibilité sont drastiques. « Que la BnF s’octroie le droit de décider quoi faire de ces oeuvres n’a pas de sens : ce ne peut pas être la mission d’une bibliothèque que de limiter l’accès aux oeuvres », poursuit Hervé Le Crosnier. 

 

L’éditeur vend, pas le bibliothécaire

 

Dans une étude réalisée par Le MOTif, les oeuvres du domaine public représentaient moins de 1 % du chiffre d’affaires de l’édition en 2008. Pourtant, c’est bien dans cette activité éditoriale que les oeuvres continuent de vivre. « Il est essentiel de vendre le domaine public : l’édition, la vente sont importantes, parce que sans elles, des auteurs auraient complètement disparu. Cependant, c’est justement l’absence d’exclusivité sur l’exploitation de ces oeuvres, entre les éditeurs qui permet, par le biais de la concurrence entre maisons, une démocratisation des oeuvres. »

 

Ainsi, évoquer une exclusivité de la distribution numérique, comme s’apprête à le faire la BnF, c’est marcher sur la tête. « D’abord, économiquement, on va vendre à des bibliothèques une base de données numérisée, pour rembourser le Grand emprunt : ça n’a pas de sens. L’Etat va lui-même payer pour rembourser. D’ailleurs, quelles bibliothèques en France auront les moyens de l’acheter ? Cela concernera peut-être cinq ou dix établissements dans le monde… »

 

On pourrait rapprocher ce calcul raté, pourtant avalé comme une douce couleuvre, qu’incarne la décision prise par l’Union européenne, de porter de 50 à 70 ans la protection intellectuelle des enregistrements musicaux. « L’UE avait présenté un rapport, qui montrait que cette directive, destinée à payer une retraite aux musiciens des années 60, serait dérisoire en termes financiers. Pourtant, la directive est bien passée… »

 

Un risque réel pour l’édition des oeuvres

 

Ensuite, cette revente par une bibliothèque, au travers de BnF Partenariats, la filiale commerçante, c’est la privatisation d’un contenu dématérialisé, dont la BnF a pourtant la gestion pour le compte de la collectivité. « Il faut poser la question : comment un éditeur débutant pourra-t-il découvrir une oeuvre ancienne, en réaliser une édition spécifique, la commercialiser – ce qui est son rôle d’éditeur – dans ce contexte ? Vendre le domaine public n’est pas le rôle de ses gestionnaires.

 

Et d’ajouter : « Qui plus est, quand ces derniers introduisent une notion d’exclusivité dans l’accès. Le rôle d’une bibliothèque est de proposer un accès gratuit. En se posant comme marchand, la BnF dérobe le travail des éditeurs sur la réédition des oeuvres du domaine public. Le risque, in extenso, c’est que l’on ne voit plus apparaître d’éditions modernisées des oeuvres qui seront numérisées. »

 

L’enjeu alors ? Revenir à ce qu’Éric Losfeld avait dû faire, et qu’il racontait dans la biographie parue chez Belfond, en 1979, Endetté comme une mule, ou la passion d’éditer. L’éditeur était contraint de recopier l’intégralité, et à la main, évidemment, des livres qu’il trouvait en bibliothèque, pour les éditer par la suite. Chose qui lui coûta d’ailleurs 25 procès entre 1952 et 1975. Des oeuvres interdites à la vente… et puisées dans le domaine public…

 

Cet article provient de Actualitté – Une page de caractère http://www.actualitte.com/usages/bnf-vendre-le-domaine-public-n-est-pas-le-role-de-ses-gestionnaires-39673.htm

Non à la privatisation du domaine public par la Bibliothèque nationale de France !

L’association COMMUNIA, l’Open Knowledge Foundation France, Creative Commons France, La Quadrature du Net et SavoirsCom1 publient ce jour un communiqué dénonçant la signature par la BNF, le Commissariat aux investissements d’avenir et le ministère de la Culture et de la communication d’accords qui privatisent l’accès numérique à une part importante de notre patrimoine culturel.

Les organisations Framasoft, Regards Citoyens, Veni Vidi Libri, le Parti Pirate, Libre Accès, Wikimedia France, Vecam, LiberTIC , PiNG, Floss Manuals francophone  et le Front de Gauche du numérique libre ont souhaité apporter leur soutien à cette déclaration suite à sa publication.

Dans des communiqués propres, l’Association des Bibliothécaires de France (ABF), l’Interassociation Archives Bibliothèques Documentalistes (IABD) et l’ADBU (Association des Directeurs de Bibliothèques Universitaires) ont elles aussi exprimé son opposition à ces accords.

Paris, le 18 janvier 2013 — Le ministère de la Culture a annoncé hier la conclusion de deux accords, signés entre la Bibliothèque nationale de France et des firmes privées, pour la numérisation de corpus de documents appartenant pour tout (livres anciens) ou partie (78 et 33 tours) au domaine public. Les fonds concernés sont considérables : 70 000 livres anciens français datant de 1470 à 1700, ainsi que plus de 200 000 enregistrements sonores patrimoniaux. Ces accords, qui interviennent dans le cadre des Investissements d’avenir et mobilisent donc de l’argent public, vont avoir pour effet que ces documents ne seront pas diffusés en ligne, mais uniquement sur place à la BnF, sauf pour une proportion symbolique.

Ces partenariats prévoient une exclusivité de 10 ans accordée à ces firmes privées, pour commercialiser ces corpus sous forme de base de données, à l’issue de laquelle ils seront mis en ligne dans Gallica, la bibliothèque numérique de la BnF. Les principaux acheteurs des licences d’accès à ces contenus seront des organismes publics de recherche ou des bibliothèques universitaires, situation absurde dans laquelle les acteurs du service public se retrouveront contraints et forcés, faute d’alternative à acheter des contenus numérisés qui font partie du patrimoine culturel commun.

Les conditions d’accès à ces éléments de patrimoine du domaine public seront restreintes d’une façon inadmissible par rapport aux possibilités ouvertes par la numérisation. Seule la minorité de ceux qui pourront faire le déplacement à Paris et accéder à la BnF seront en mesure de consulter ces documents, ce qui annule le principal avantage de la révolution numérique, à savoir la transmission à distance. Partout enFrance et dans le monde, ce sont les chercheurs, les étudiants, les enseignants, les élèves, les amateurs de culture, les citoyens qui se trouveront privés de l’accès libre et gratuit à ce patrimoine.

La valeur du domaine public réside dans la diffusion de la connaissance qu’il permet et dans la capacité à créer de nouvelles œuvres à partir de notre héritage culturel. Sa privatisation constitue une atteinte même à la notion de domaine public qui porte atteinte aux droits de chacun. Ces pratiques ont été condamnées sans ambiguïté par le Manifeste du domaine
public
, rédigé et publié par le réseau européen COMMUNIA financé par la Commission européenne :

  • Toute tentative infondée ou trompeuse de s’approprier des œuvres du domaine public doit être punie légalement. De façon à préserver l’intégrité du domaine public
    et protéger ses usagers de prétentions infondées ou trompeuses, les tentatives d’appropriation exclusive des œuvres du domaine public doivent être déclarées illégales.
  • Les institutions patrimoniales doivent assumer un rôle spécifique dans l’identification efficace et la préservation des œuvres du domaine public. […] Dans le cadre de ce rôle, elles doivent garantir que les œuvres du domaine public sont accessibles à toute la société en les étiquetant, en les préservant et en les rendant librement accessibles.

À titre de comparaison, les partenariats validés par le ministère de la Culture aboutissent à un résultat encore plus restrictif pour l’accès à la connaissance que celui mis en œuvre par Google dans son programme Google Livres, dans lequel les ouvrages restent accessibles gratuitement en ligne sur le site des institutions partenaires. La mobilisation de l’emprunt national n’aura donc en aucun cas permis de trouver une alternative acceptable aux propositions du moteur de recherche.

Le ministère de la Culture affirme dans son communiqué que ces partenariats sont compatibles avec les recommandations du Comité des sages européens « A New Renaissance ». C’est à l’évidence faux, le rapport du Comité des sages admettant que des exclusivités commerciales puissent être concédées à des firmes privées pour 7 ans au maximum, mais insistant sur la nécessité que les documents du domaine public restent accessibles gratuitement en ligne, y compris dans un cadre transfrontalier. Plus encore, les accords sont en flagrante contradiction avec la Charte
Europeana du Domaine Public
(pdf) alors même que l’un de ses signataires occupe aujourd’hui la présidence de la fondation Europeana.

Par ailleurs, le rapport du Comité des sages énonce comme première recommandation que les partenariats public-privé de numérisation soient rendus publics afin de garantir la transparence, ce qui n’est pas été fait ici. L’opacité a régné de bout en bout sur la conclusion de ces partenariats, au point qu’une question parlementaire posée au ministère de la Culture par le député Marcel Rogemont est
restée sans réponse depuis le 23 octobre 2012, alors même qu’elle soulevait le problème de l’atteinte à l’intégrité du domaine public. Enfin, les partenariats publics-privés ont été récemment dénoncés par l’Inspection générale des finances dans un rapport commandé par le ministre de l’Économie, Pierre Moscovici, et par celui du Budget, Jérôme Cahuzac. Ces partenariats sont jugés trop
onéreux, trop risqués, trop complexes et trop profitables aux seuls intérêts privés.

Nous, associations et collectifs signataires de cette déclaration, attachés à la valeur du domaine public et à sa préservation comme bien commun, exprimons notre plus profond désaccord à propos de la conclusion de ces partenariats et en demandons le retrait sans délai. Nous appelons toutes les structures et personnes partageant ces valeurs à nous rejoindre dans cette opposition et à manifester leur désapprobation auprès des autorités responsables : BnF, Commissariat général à l’investissement et ministère de la Culture. Nous demandons également la publication immédiate du texte intégral des accords.

 

Contacts presse :

Rédacteurs du communiqué :


L’association internationale COMMUNIA
L’association a pour mission d’éduquer sur l’importance du domaine public numérique, de le défendre auprès des institutions, et de constituer une source d’expertise et de recherche en la matière. Elle a succédé au Réseau thématique COMMUNIA actif sur les mêmes sujets et financé par la Commission européenne. Contact : info@communia-association.org

L’Open Knowledge Foundation France L’Open Knowlegde Foundation (OKFN) est une organisation à but non lucratif fondée en 2004 à Cambridge qui promeut la culture libre sous toutes ses formes. Ses membres considèrent qu’un accès ouvert aux informations associé aux outils et aux communautés pour les utiliser sont des éléments essentiels pour améliorer notre gouvernance, notre recherche, notre économie et notre culture.

Creative Commons France. Creative Commons est une organisation à but non lucratif qui a pour dessein de faciliter la diffusion et le partage des oeuvres tout en accompagnant les nouvelles pratiques de création à l’ère numérique.

La Quadrature du Net La Quadrature du Net est une organisation de défense des droits et libertés des citoyens sur Internet. À ce titre, la Quadrature du Net intervient notamment dans les débats concernant la liberté d’expression, le droit d’auteur, la régulation du secteur des télécommunications ou encore le respect de la vie privée. Contact : Philippe Aigrain, co-fondateur et conseiller stratégique pa@laquadrature.net +33 6 85 80 19 31

SavoirsCom1 est un collectif qui s’intéresse aux politiques des biens communs de la connaissance. SavoirsCom1 défend les positions exprimées dans son Manifeste. Contact : savoirscom1@gmail.com

***

Ils ont manifesté leur soutien :

Framasoft, réseau d’education populaire au Libre en général et au logiciel libre en particulier.
Alexis Kauffmann, fondateur de Framasoft contact@framasoft.org

Regards Citoyens est un collectif transpartisan qui vise à utiliser un maximum de données publiques pour alimenter le débat politique tout en appliquant les principes de la gouvernance ouverte. En plus de faire la promotion de l’OpenData et l’OpenGov en France, il réalise des projets web n’utilisant que des logiciels libres et des données publiques pour faire découvrir et valoriser les institutions démocratiques françaises auprès du plus grand nombre.

Le Parti Pirate est un mouvement politique ralliant celles et ceux qui aspirent à une société capable de : partager fraternellement les savoirs culturels et scientifiques de l’humanité, protéger l’égalité des droits des citoyens grâce des institutions humaines et transparentes, défendre les libertés fondamentales sur Internet comme dans la vie quotidienne.

Le Front de Gauche numérique libre :  Le Front de Gauche du numérique libre rassemble les citoyens qui souhaitent s’engager dans la mise au point d’un programme de gouvernement concernant le numérique, dans le cadre de l’action politique du Front de Gauche. Les signataires s’engagent à promouvoir des mesures d’alphabétisation numérique large, les droits fondamentaux du Citoyen dans le monde numérique, l’avènement d’une civilisation du partage des biens communs, l’universalisation de la connaissance et de la culture, les libertés et la non-intrusion dans la vie privée, des moyens pour garantir les droits des salarié-e-s dans le travail intellectuel.

Veni, Vidi, Libri a pour objectif de promouvoir les licences libres ainsi que de faciliter le passage de créations sous licence libre.

Libre Accès a pour objet de sensibiliser le plus grand nombre aux enjeux de l’art libre et de défendre les droits de ses amateurs et auteurs.

Wikimédia France — Association pour le libre partage de la connaissance est une association à but non lucratif de droit français (loi 1901), dont le but est de soutenir en France la diffusion libre de la connaissance et notamment les projets hébergés par la Wikimedia Foundation  comme l’encyclopédie Wikipédia, la médiathèque Wikimedia Commons, le dictionnaire Wiktionnaire et plusieurs autres projets liés à la connaissance.

Vecam est une association visant à donner aux citoyens les moyens de s’interroger, comprendre, débattre et s’approprier les transformations liées à la numérisation croissante de l’information, des productions culturelles et du savoir.

LiberTIC est une association nantaise de loi 1901,  indépendante et non-partisane, qui a pour objectif de promouvoir l’e-démocratie et l’ouverture des données publiques.

PiNG est un projet associatif qui explore les pratiques numériques et invite à la réappropriation des technologies. A la fois espace de ressources, d’expérimentation et atelier de fabrication numérique (Fablab), l’association développe son projet autour de la médiation, la pédagogie, l’accompagnement et la mise en réseau des acteurs.

Cet article provient de SavoirsCom1 http://www.savoirscom1.info/2013/01/18/non-a-la-privatisation-du-domaine-public-par-la-bibliotheque-nationale-de-france/?utm_source=feedburner&utm_medium=feed&utm_campaign=Feed%3A+Savoirscom1+%28SavoirsCom1%29

Dépôt légal : annonce officielle de la suppression du second exemplaire

L’arrêt de la redistribution du deuxième exemplaire du dépôt légal éditeur n’était jusqu’alors qu’une rumeur. Hier, Benoît Tuleu, chef du service de la Redistribution documentaire à la BnF, a confirmé officiellement l’information par un mail adressé aux bibliothèques dépositaires du dépôt légal éditeur. La BnF s’engage dès à présent dans « une démarche d’optimisation de ses ressources au regard de la mission de Dépôt légal dont elle est responsable.

Cet article provient de Actualité du monde de l'information et des bibliothèques http://www.enssib.fr/breves/2013/01/22/depot-legal-annonce-officielle-de-la-suppression-du-second-exemplaire

Vous pouvez ranger votre liseuse

A peine éclos, le marché des liseuses s’effondre. Et il s’effondre plus vite que prévu. Selon une étude iSuppli de décembre, on a expédié 14,9 millions de liseuses en 2012 contre 23,2 millions d’unités en 2011, rapporte Brian X Chen pour le Bits Blog du New York Times. e-Marketer, bien que plus optimiste, s’appuyant sur les données du Market Intelligence & Consulting Institute, souligne le ralentissement de 2012, mais prédit un rebond pour les années à venir (18,2 millions d’unités pour 2013 et 23 millions pour 2016, notamment grâce au développement du marché européen et asiatique : mais, même ce sursaut laisse le marché de 2016 inférieur à celui de 2011). L’étude de la pénétration des liseuses sur le marché américain par e-marketer montre que le marché va continuer à progresser, mais à un rythme très faible (19,4 % de la population américaine devrait être équipée de liseuse en 2016 contre 15,4 % en 2012).

Aux Etats-Unis, selon le cabinet d’étude Forrester Research, cité par le Bits Blog, il s’est vendu 9 millions de liseuses en 2012, contre 15,5 millions d’unités en 2011. Et ce chiffre devrait continuer à s’effriter. Le cabinet d’analyse prévoit 7,5 millions de ventes en 2014… 5,3 en 2015… La renaissance des liseuses avec le Kindle en 2007 aura fait long feu.

L’hyperconnectivité des tablettes a gagné

Les appareils à usage unique ont toujours eu du mal à rivaliser avec les machines plus polyvalentes, rappelle Nicholas Carr. « Le multitâche bat toujours l’unitâche ». L’hypoconnectivité des liseuses a été écrasé par l’hyperconnectivité polyvalente des tablettes. Qu’importe les avantages des unes par rapport aux inconvénients des autres. Les liseuses n’ont été qu’un dispositif de transition, souligne Carr. 140 millions de tablettes ont été vendues en 2012 à travers le monde et on devrait atteindre 200 millions en 2013.

Le marché des liseuses a été une météorite, explique Jordan Selburn d’iSuppli à la Technology Review. « Les gens veulent faire d’autres choses sur leurs appareils que seulement lire des livres ». La polyvalence des tablettes l’a emporté.

En France, avant les ventes de Noël, on comptait environ 500 000 liseuses contre environ 5 millions de tablettes : 300 000 liseuses ont été vendues en 2012 contre 3,4 millions de tablettes. Le rapport est, là encore, de 1 à 10. Les appareils multi-usages ont toujours gagné. Mais plus que le multi-usage, il me semble que c’est la connectivité qui l’a emporté. La sérénité contraignante de la liseuse, sa sous-connexion reposante, a perdu. Elle restera réservée à quelques aficionados. On a pu croire un instant que le marché des liseuses pouvait atteindre le grand public, il est demeuré réservé aux gros lecteurs… et va rester circonscrit à ceux-ci.


Image : Tablettes vs Liseuses en France par Gfk, via Libération.

Les possesseurs de liseuses vont demeurer un public de choix pour le livre électronique (Florent Taillandier pour Cnet, montrait que les possesseurs de liseuses lisaient en moyenne 25 livres numériques par an, contre 14 livres en moyenne pour les lecteurs de papiers), mais c’est désormais le public des tablettes qu’il va falloir convaincre et il n’est pas sûr qu’il soit autant sensible à la transposition simple du livre que favorisaient les liseuses. Le « moment ebook » (« une phase première de mutation qui s’inspire très largement des pratiques utilisées dans le monde du livre imprimé, qui en est une transposition ») que décrivait Virginie Clayssen a vécu. Il va nous falloir passer à autre chose…

Reste à savoir maintenant, comment apporter la lecture à ceux qui ont des dispositifs leur permettant de tout faire et pour lesquels la lecture (de livres) demeure une activité parmi d’autres, bien souvent la plus faible en temps passé…

Cet article provient de La Feuille http://lafeuille.blog.lemonde.fr/2013/01/19/vous-pouvez-ranger-votre-liseuse/#xtor=RSS-32280322

Nos livres dans le domaine public

Télécharger des livres électroniques d’œuvres qui appartiennent au domaine public, c’est cool, mais la plupart du temps, on les trouve sur des sites comme Gallica, Projet Gutendberg. Et les livres en français sont noyés sous la quantité de livres en anglais.

Alors, comment faire pour faire un choix rapide et sans douleur de bons vieux livres gratuits, dans le domaine public et sans DRM ?

Simple, il suffit de vous rendre sur NosLivres. Ce site recense toutes nos œuvres libérées en Français, en provenance de sites comme :

  • Bibliothèque électronique du Québec (BEQ)
  • Bibliothèque numérique romande (BNR)
  • Bibliothèque Russe et Slave (BRS)
  • Ebooks libres et gratuits (ELG)
  • ÉFÉLÉ
  • Gallica
  • La bibliothèque de Gloubik
  • Projet Gutenberg (livres en français)

Le site NosLivres est loin d’être parfait. Il n’y a pas forcément un accès direct à toutes les œuvres, ça manque aussi un peu d’images et d’extraits à mon goût, mais l’idée est louable et je vous invite à aller y faire un tour !

Merci à Heyimmowee pour le partage.

Photo

Cet article provient de Korben http://korben.info/nos-livres-dans-le-domaine-public.html

Privatisation du domaine public : dérive mercantile à la BnF

Vendredi, une déclaration commune a été publiée par La Quadrature du Net, SavoirsCom1, Creative Commons France, L’Open Knowledge Foundation France et Communia pour s’opposer aux partenariats de numérisation envisagés par la Bibliothèque nationale de France et validés par le Ministère de la Culture en début de semaine. Depuis, plusieurs organisations ont souhaité se rallier à ce texte : Framasoft ; Regards Citoyens ; Veni, Vivi, Libri ; Libre Accès et le Parti Pirate Français.

 

La déclaration sur le site de SavoirsCom1

La déclaration sur le site de SavoirsCom1

 

 

Un large front se dessine pour refuser cette dérive vers une privatisation du domaine public en France, comme l’a dénoncée Philippe Aigrain sur son blog. Il explique également sa position dans cet article sur Actualitté, de même qu’Hervé Le Crosnier le fait sous un angle différent d’après son expérience d’éditeur. Je tiens au passage à saluer le boulot remarquable accompli sur cette affaire par Actualitté depuis maintenant des mois.

 

avec S.I.Lex

 

 

Plusieurs manifestations de rejet émanant de bibliothécaires ou de professionnels de l’infodoc ont déjà été publiées : chez Olivier Ertzscheid sur affordance.info,qui incite le nouveau CNNum à se saisir de la question ; sur le blog Numeribib dans un hommage à Aaron Swartz et chez Daniel Bourrion sur RJ45, avec un appel très clair à la désobéissance bibliothéconomique si ces projets venaient à se concrétiser.

Au-delà de cette sphère professionnelle, j’ai été particulièrement sensible aux témoignages postés par des professeurs et des enseignants, pour rappeler l’importance que revêt l’accès libre et gratuit en ligne aux oeuvres du domaine public pour leur métier. Vous pouvez par exemple aller lire ce billet chez Yann Houry :

Sans Wikipédia, sans Gallica, sans tous ces sites qui donnent accès librement à la littérature, aux illustrations, aux manuscrits, etc., je retourne à ce qui est, pour moi, l’âge de pierre de ma profession : les années 90 où il fallait recopier à la main des textes, des contes entiers, les scanner, utiliser un logiciel de reconnaissance de caractères puis les corriger.

Ou encore cette Déclaration d’amour au domaine public, rédigée par l’enseignante de Lettres C. Guerreri :

En tant qu’enseignante de Lettres qui utilise les TICE, le domaine public est mon pain béni.
En effet, projeter le texte sur lequel on travaille est bien joli, mais taper « Les Animaux malades de la Peste », l’incipit de Bel-Ami, voire, pire, l’œuvre entière qu’on étudie… Il faut avoir du temps, temps après lequel, en bonne prof de lycée qui se respecte, je cours toujours.

Si vous êtes professeur ou enseignant et que vous partagez ce point de vue, le réseau Lyclic a mis en place le site contributif « Les profs disent le domaine public« , pour leur permettre de dire ce que l’accès en ligne représente pour eux. Merci à Lyclic pour cette excellente idée !

 

Les profs disent le domaine public.

Les profs disent le domaine public.

 

J’ai déjà beaucoup écrit sur cette question, en amont de la révélation de ces accords, mais je voudrais rajouter quelques éléments, à la lumière notamment de la manière dont le Ministère de la Culture défend ces projets. Contactée par PCInpact, la Rue de Valois s’est visiblement contentée de répondre : « le but de la filiale n’est pas de faire des bénéfices mais d’investir ses revenus dans les programmes de numérisation annoncés ou futurs« .

 

Une grave régression

 

Cette réponse est sidérante, car ce n’est pas le fait de procéder à une exploitation commerciale du domaine public qui pose problème ici. Hervé Le Crosnier explique très bien dans son interview sur Actualitté que le domaine public a naturellement vocation à être exploité, sous forme de rééditions, traductions ou adaptations, notamment. Le problème n’est pas la commercialisation, mais la privatisation du domaine public, qui passe dans ces accords par le fait d’avoir octroyé des exclusivités de 10 ans aux partenaires privés. C’est aussi le fait d’avoir opté pour un modèle économique incompatible avec la mise en ligne des corpus qui constitue une grave régression.

 

Le Ministère ou la BnF se défendront en invoquant les coûts de numérisation et le fait que ces partenariats public-privé permettent de numériser les collections sans alourdir le déficit de l’Etat, à l’heure où le budget de la Culture subit d’importantes réductions.

 

Mais c’est peut-être dans leur modèle économique que ces partenariats sont justement les plus critiquables. Financés par le biais des Investissements d’avenir, ces programmes mobilisent de l’argent issu de l’Emprunt national lancé sous l’ère Sarkozy, qui impliquent un remboursement et donc des formes de commercialisation. Or ici, l’exclusivité accordée à Proquest en ce qui concerne les livres va lui permettre de revendre l’accès aux ouvrages à d’autres bibliothèques ou à des universités, étrangères, mais aussi françaises, les corpus concernés présentant un grand intérêt pour la recherche.

 

Le public qui rembourse le public

 

On aboutira donc à ce paradoxe que l’argent public de l’emprunt sera remboursé par de l’argent public, versé par des collectivités ou des établissements publics. Pire encore, on peut penser que l’accès à la base de données de Proquest pourra se faire par le biais d’une licence nationale, négociée par l’ABES dans le cadre du projet ISTEX. C’est probable, car deux licences nationales ont déjà été conclues pour des produits similaires de bases de données de documents numérisés du domaine public, développés par Gale Cengage et Chadwick. Mais l’absurdité économique serait encore plus forte ici, car le projet ISTEX est lui aussi financé en partie par les Investissements d’avenir. L’argent de l’emprunt national servira à rembourser… l’emprunt national ! Avec au passage des firmes privées qui sauront faire leur beurre au sein de ce grand capharnaüm financier…  Est-ce cela le principe de « l’investisseur avisé » qui devait servir de guide à l’emploi des Investissements d’avenir ?

 

Sans doute, la création d’une filiale pour gérer ces partenariats doit-elle apparaître aux yeux de certains comme le summum de la « branchitude managériale », mais économiquement, ces partenariats ne tiennent absolument pas la route et ils se révèleront à l’usage autant un piège pour les finances publiques que pour l’intérêt général.

 

Par ailleurs, il faut savoir que la BnF est très mal placée pour pleurer sur les moyens dont elle est dotée en matière de numérisation. C’est même sans doute un des établissements les mieux lotis dans le monde. Car en effet, les fonds qu’elle utilise pour la numérisation de ses collections ne proviennent pas de son budget propre ou de dotations du Ministère de la Culture. Ils lui proviennent essentiellement du Centre national du Livre, qui alloue à la BnF la moitié chaque année de la redevance pour copie privée qu’il collecte et redistribue pour le secteur de l’édition. Cette manne a permis à la BnF de conduire depuis 2007 deux marchés de numérisation de masse successifs, qui ont porté Gallica à plus de 2 millions de documents numérisés, soit l’une des plus grandes bibliothèques numériques en Europe et dans le monde.

 

Les coquetteries de la BnF

 

Par ailleurs, malgré la crise budgétaire, la direction de la BnF semble encore capable de se payer un certain nombre de coquetteries pharaoniques. Elle l’a fait dans le passé comme avec ce Labo BnF, fort dispendieux et dont l’utilité ne paraît toujours pas évidente. Elle continue à le faire avec un projet de nouvelle « entrée monumentale » prévue pour cette année ou l’installation d’oeuvres d’art contemporain géantes en haut des tours de Tolbiac. Pour un établissement pris à la gorge financièrement, on avouera que c’est assez surprenant… à moins que cela ne trahisse une cruelle incapacité à distinguer l’essentiel du superflu.

 

Au-delà des aspects financiers, ces partenariats sont surtout révélateurs d’un profond désarroi stratégique dans lequel l’établissement paraît plongé sur les aspects numériques. En effet, la validation par le Ministère de ces accords survient alors que la BnF a annoncé il y a deux semaines que la fréquentation de Gallica a augmenté de 15% en 2012, avec 11 millions de visite. C’est justement la preuve que l’accroissement des collections numérisées et l’accès libre et gratuit au domaine public sur Internet répondent à une attente et constituent un facteur de succès. En se repliant vers une diffusion dans ses salles seulement, la BnF va se couper de cette dynamique.

 

Pire encore, on sait très bien qu’il est difficile de valoriser des bases de données coupées du web, tout simplement parce qu’il n’est pas possible de mettre en oeuvre des stratégies de médiation numérique des contenus. Or la médiation numérique est justement un des points forts de Gallica, dont le blog, le fil Twitter, la page Facebook, le profil Pinterest rencontrent un véritable succès. Mais cette réussite n’est rendue possible que parce que les documents peuvent être montrés en ligne et cette liberté, c’est le domaine public qui la donne à la BnF. En « encapsulant » les oeuvres du domaine public dans des bases de données commerciales coupées du web, la BnF scie littéralement la branche sur laquelle elle est assise.

 

Gallica

La page Facebook de Gallica

 

A vrai dire, une telle dérive n’est pas réellement surprenante. L’année dernière, dans un article paru au BBF qui présentait pour la première fois publiquement ces partenariats, des responsables de la bibliothèque nous expliquaient qu’il ne fallait pas voir la restriction d’accès sur place comme un désavantage :

Globalement, les modèles économiques sont des compromis entre exigence de rentabilité et mission de service public. La protection des investissements et les perspectives de recettes se font essentiellement par l’adoption d’une exclusivité au profit du partenaire, le temps que celui-ci amortisse ses coûts. La BnF a fait en sorte dans ses négociations d’en limiter la durée et la portée. Ainsi, par principe pour tous les projets, un accès intégral dans les salles de lecture a été préservé. Alors qu’on assimile souvent numérique et accès distant, il sera très intéressant d’observer le développement d’une offre numérique exclusive sur place. On peut espérer qu’elle soit un facteur d’attraction pour les salles de lecture.

Ce texte, signé par le directeur des collections de la BnF en personne, est sidérant. « On assimile souvent numérique et accès distant« . C’est certain ! L’accès distant est le principal atout de la révolution numérique pour l’accès à la connaissance. Mais ici, par une inversion des priorités, la restriction à l’accès sur place découlant des exclusivités accordées à la firme privée finit par être vue comme un avantage. Et oui comprenez-vous, cela permettra sans doute d’attirer plus de visiteurs dans les salles feutrées de l’établissement, et tant pis si des milliers et des milliers de personnes, comme les enseignants cités ci-dessus ne font pas partie des privilégiés qui peuvent se payer le luxe de la visite à Tolbiac !

 

Au vu de ceci, on comprend que qualifier de désarroi stratégique la pensée qui a présidé au montage de ces partenariats n’est certainement pas excessif… Cela revient à dire « On assimile souvent les avions et le vol, mais il sera très intéressant de voir ce qui se passe quand on les fait rouler » !

 

Atteinte au développement des humanités numériques

 

Indépendamment du fait que le domaine public subit ici une grave atteinte à son intégrité, qui créera un précédent dommageable dans le secteur culturel, on peut aussi penser que cela conduira la BnF à se marginaliser par rapport aux évolutions de son environnement. Nous sommes en effet à l’heure du développement des Humanités numériques (Digital Humanities), mouvement par lequel les chercheurs dans le monde renouent et réinventent grâce au numérique les valeurs de diffusion du savoir qui étaient celles de la Renaissance.

 

Or quel est le corpus que la BnF a choisi pour finir dans ces bases de données à consommer sur place uniquement ? Précisément celui des ouvrages de la Renaissance… Les incunables et les livres anciens imprimés des 15ème et 16ème siècle, ceux par lesquels l’esprit des premiers humanistes a brillé partout en Europe. Mais avec les Humanités numériques « BnF Style » , ces mêmes livres qui auraient pu retrouver une nouvelle vie en ligne « rayonneront » seulement dans un petit coin du 13ème arrondissement de Paris, sous une esplanade dangereusement glissante, battue par les vents. Vive la révolution numérique !

 

Pour terminer, il faut relever que l’arrogance (et/ou la maladresse) a conduit à ce que ces partenariats soient annoncés officiellement quelques jours seulement après que l’on ait appris le suicide de l’activiste américain Aaron Swartz, qui avait justement choisi de s’en prendre à la base de données JSTOR pour libérer des articles scientifiques et des textes du domaine public. Le produit qui sera développé par Proquest à partir du coeur patrimonial de la BnF est très largement similaire à la base JSTOR.

 

Sans doute, les dirigeants de la BnF et du Ministère ne voient-ils même pas le lien entre la mort d’Aaron Swartz et les partenariats qu’ils ont annoncé.

 

Mais qu’ils se rassurent, beaucoup le voient très bien et ils ne laisseront pas faire cela.

Cet article provient de Actualitté – Une page de caractère http://www.actualitte.com/usages/privatisation-du-domaine-public-derive-mercantile-a-la-bnf-39715.htm

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