Le fil de la médiathèque

Veille de bibliothècaire

Histoires de distributeurs automatiques de livres

Je vous signale un
article très intéressant sur les distributeurs automatique de livres
rédigé
par John Geoghegan et paru sur The blog, du Huff Post. Sincèrement, je ne sais
pas vraiment quoi penser de ce genre de machines. Elles me paraissent d’une
horreur sans nom (comment proposer un livre comme on vend des bonbons ou des
cigarettes ?) et, en même temps, permettent à leur façon de diffuser la
littérature…

Quoiqu’il en soit, l’article nous informe que le premier distributeur est
apparu en Angleterre en 1822, inventée par un certain Richard Carlile. ce
libraire, désireux de vendre des titres séditieux comme Le siècle de la
raison
de Thomas Paine (un traité déiste qui critique notamment la religion
institutionnalisée), eut en effet l’idée de créer une machine permettant de
distribuer et vendre des titres polémiques tout en évitant au libraire une
probable arrestation puisqu’il n’y avait plus de contact entre lui et ses
clients. On ne sait pas bien comment le distributeur fonctionnait, mais cela
n’a pas empêché les autorités de l’époque de condamner Carlile pour vente de
« documents blasphématoires ». 

1. Jusqu’au milieu des années ’50 : Penguincubator et
Book-o-mat

Le Penguincubator

Ce n’est que plus d’un siècle plus tard, en 1937 à Londres selon l’article,
qu’est apparu le Penguincubator. Imaginé par le fondateur des
éditions Pinguin, Allen Lane, cette machine proposait des ouvrages de
littérature classique pour le prix d’un paquet de cigarettes.

A l’époque, vendre de la littérature n’était déjà pas très bien vue et en
France, l’arrivée du livre de poche quelques décennies plus tard sera l’enjeu
d’un vaste débat de légitimité culturelle (lire ici
l’étude que lui a consacré Bertrand Legendre
et voir là un reportage au

salon du livre de 1964
) alors les vendre dans un distributeur automatique.
On frôlait l’anarchie, une volonté délibérée de déstabiliser l’industrie du
livre. Mais sur le site des édition Pinguin, on trouve cette anecdote
concernant la création de la machine : 

De retour d’un week-end où il rendait visite à Agatha Christie dans le
Devon, Allen Lane se retrouva dans la gare d’Exeter à la recherche d’une de ses
boutiques pour y trouver de quoi lire sur le trajet du retour. Stupéfié par les
titres proposés, il décida qu’une fiction contemporaine de bonne qualité devait
être accessibles à un prix attractif, non seulement dans les librairies
traditionnelles mais également sur les quais de gares, les vendeurs de tabacs
ou les chaînes de magasins.

Apparemment, une machine fut ainsi installée près de la gare de Charing
Cross à Londres, à la consternation des libraires locaux, mais il faut convenir
qu’elle ne fut jamais distribuée à grande échelle et n’eut pas d’impact
retentissant sur le marché. 

Le Book-O-Mat

Deux machine portent le nom de Book-o-mat : d’abord, en Juin 1947, la revue
Popular Science évoque une nouvelle machine capable de proposer une
cinquantaine de livres, vendus un quarter (25 cents). Tandis que deux ans plus
tard, c’est la société Rock-Ola Manufacturing Corporation, connue pour ses
bandits manchots et autres juke-box qui investit le marché.

2. Aujourd’hui : Novel Idea et Readomatic

Bien sûr, c’est surtout en Asie qu’on trouve aujourd’hui ce genre
d’appareil. Une demi-douzaine d’entreprises chinoises ont investi le marché
tandis qu’au Japon, un pays où l’on trouve des distributeurs automatiques pour
à peu près tout et n’importe quoi, depuis la canette de bière au magasine
porno, se vendent des titres de livres et de mangas au format de poches et
épais comme des annuaire.

En Occident, une entreprise irlandaise a fait une tentative en installant des
Distributeur Novel Idea notamment dans l’aéroport d’Heathrow à Londres, mais
fit faillite en 2010.

Mais d’autres distributeurs automatiques ont été remarqués, par le New York
Times dans une station de métro barcelonaise en 2008, ou l’année dernière à
l’aéroport de Stockholm.

3. Et en bibliothèques ?

Ce genre de distributeurs commence à essaimer… jusque dans les
bibliothèques. C’est le cas, aux États-Unis notamment où la
bibliothèque publique de Fullerton (dans le réseau des
bibliothèques d’Orange County, en Californie) a récemment installé un
distributeur automatique (description
du projet
, en pdf et diaporama)
près d’une gare ferroviaire. Bien sûr, il n’est plus question ici de vendre des
livres mais bien de les prêter, et les possesseurs d’une carte de bibliothèque
peuvent repartir avec l’un des 500 titres de bestsellers de la machine. A
rendre ensuite à la bibliothèque locale, donc. 

Outre en Californie (qui accueille des distributeurs de ce genre depuis 2007
à la bibliothèque d’État de Californie et dans quatre autres établissements du
réseau), de nombreuses autres bibliothèques se sont équipées de distributeurs
de livres. C’est le cas notamment :

En Angleterre :

  • à Warwickshire en
    Angleterre (mais avec la crise outre-manche et les objectifs annoncé
    d’améliorations du services et d’usages plus efficace des crédits, cette
    installation à un goût amère),
  • à la
    bibliothèque publique d’Edmunton
  • la bibliothèque de Newcastle,

Au Canada :

  • la bibliothèque d’Ottawa
  • la bibliothèque de
    Toronto
    l’envisageait un temps

La bibliothèque d’État du Queensland, en Australie, a d’ailleurs publié un
rapport sur l’usage
de distributeurs de livres en bibliothèques
(pdf).

Le rapport explique que ces machines ont trois avantages majeurs :

  1. délivrer des livres à n’importe quelle heure du jour et de la nuit
    surtout
  2. disséminer la présence de la bibliothèque dans des lieux très fréquentés et
    donc toucher des non-usagers (dans les centres commerciaux, les aéroports, les
    cinémas) ou des usagers empêchés (les hôpitaux, les maisons de
    retraites…)
  3. rendre les services rapidement adaptables (on peut les déplacer rapidement
    en fonction des besoins ou de l’usage)

En outre, ces machines peuvent servir de plusieurs façons :

  • un distributeur pour le prêt (uniquement) de documents
  • une délivrance différée pour des documents qui n’ont pas à être en accès
    libre. Certaines machines permettent de stocker des documents et de les prêter
    comme d’accepter le retour de manière automatisée.
  • Une « annexe » : la bibliothèque est installé dans des quartiers éloignée et
    sert de point lecture pour les habitants. Les usagers peuvent emprunter les 400
    livres proposés, attendre qu’ils soient changés ou faire des réservations via
    le logiciel intégré. la machine fait des emprunts et des retours. (exemple de
    la bibliothèque
    de Shenzhen
    , en Chine)

4. Vendre et faire découvrir

Le plus souvent, on trouve plutôt des titres de bestsellers dans ces
machines. Il s’agit d’attirer le chaland et de proposer des titres susceptibles
de vite l’intéresser. Le plus souvent mais pas toujours.

L’an dernier, la « patte de singe », une librairie de Toronto a mis en place
une machine appelée BIBLIO-MAT. La nouveauté de ce distributeur réside dans les
titres délivrés : en échange de deux dollars canadiens, la machine vous propose
deux titres d’occasion choisis aléatoirement. Vous ne pouvez ainsi jamais
savoir ce sur quoi vous allez réellement tomber. Un concept qui ferait fureur
également dans les bibliothèques :


Cliquez sur l’image pour voir une vidéo.

Pour aller plus loin :

Cet article provient de Vagabondages http://www.vagabondages.org/post/2013/05/07/Histoires-de-distributeurs-automatiques-de-livres

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