Le fil de la médiathèque

Veille de bibliothècaire

Archives mensuelles de “novembre, 2011”

Les albums pour enfants, avant-garde de l’innovation

Ce vendredi, je donne un exposé dans le cadre de la conférence L’avenir du Lire, sur la place particulière des albums pour enfants dans le paysage de l’édition. L’occasion de poursuivre des réflexions entamées au début de l’année dernière lors du laboratoire des nouvelles lectures et des les croiser avec celles plus récentes sur la standardisation du livre.

L’édition jeunesse est plus que jamais un laboratoire pour l’innovation

Les albums pour enfants ont toujours été à l’avant-garde. Techniquement d’abord, les concepteurs d’albums et les imprimeurs ont toujours rivalisé d’ingéniosité pour expérimenter de nouveaux formats de livres, pliables, tirables, colissables, en relief, bruités, machinisés… C’est aussi dans ce domaine qu’ils sont les plus audacieux narrativement, explorant sans cesse de nouvelles manières de construire des récits. Autant d’innovations qui trouvent parfois leur place dans les autres secteurs, beaucoup plus traditionnels et conservateurs, de l’édition.

Ce n’est donc pas un hasard, si dans le monde de l’édition digitale, les livres pour enfants sont aujourd’hui ceux qui explorent avec le plus de créativité les possibilités offertes par les nouvelles interfaces de lecture. Nous avons vu depuis quelques mois des « livres » qui réagissent à l’orientation des tablettes, à la manière dont le lecteur les « secouent ». Les personnages de leurs histoires s’animent. Tirettes digitales, effet pop-up et autres possibilités inédites se déclenchent sous la pression des doigts des jeunes lecteurs. Ici encore, les albums pour enfants constituent le laboratoire où s’inventent les nouvelles manière d’interagir avec les publications digitales.

Mais ce n’est pas tout. Alors que beaucoup réfléchissent aux meilleures manières de rendre le livre numérique social (voir mon cours sur les Social Reading Technologies), la littérature pour enfants peut de nouveau nous servir de guide. Dans un monde où la lecture traditionnelle est si souvent associée à une pratique solitaire, les livres pour enfants font figure d’exception. Ils se lisent socialement de multiples manières.  Les parents les lisent à leurs enfants.  Parents et enfants les lisent ensemble (certains éditeurs proposent aujourd’hui des livre adaptés à la lecture à deux voix, l’enfant qui apprend à lire se charge des courts dialogues alors que l’adulte s’occupe des descriptions plus longues).  Les grands frères lisent aux petites sœurs. Les petites soeurs lisent à leurs poupées.  Ainsi, il est fort probable que ce seront les livres digitaux pour enfants qui inaugureront de nouvelles manière de lire ensemble.

Chaque album pour enfant est comme une île.

La puissance d’innovation des albums pour enfants est liée à leur caractère fermé, autonome. Chaque album pour enfant est comme une île, un monde en soi. Déconnectées du continent documentaire, les îles sont des réservoirs d’innovation.

Aujourd’hui la plupart des explorations digitales dans cette partie de l’édition prennent la forme d’applications pour tablettes et smartphones, fermées et innovantes. Les applications offrent un contrôle complet à leur concepteur, la possibilité de créer un monde en soi. Le revers de la médaille est que les applications sont encore très peu standardisées. Les nouveaux contenus peuvent être longs et difficiles à produire, ne fonctionner que sur les machines les plus récentes. Les éditeurs n’ont pas les budgets pour se lancer dans des créations ambitieuses. Comme ce fut le cas avec le CD-rom, ces obstacles  pourraient mettre en péril cette lignée innovante.

L’édition jeunesse résiste à la standardisation du livre.

Il est important de comprendre que la voie explorée par les applications va à l’encontre d’un processus global de standardisation. De la même manière que les cartes sont devenues des machines, les livres tendent à devenir des ressources standards et agrégées, des données dans la grande encyclopédie mondiale. Comme celui des cartes, leur modèle commercial va sans doute changer dans les années qui viennent : nous entrons dans un monde où  l’usage des livres aura peut-être plus de valeur que les livres eux-mêmes.

La guerre économique du livre numérique est comme souvent une guerre de standards. Il s’agit d’imposer et de contrôler à la fois les formats qui permettent de décrire les livres comme des ressources standardisées, mais aussi de prolonger ce processus encyclopédique sur le contenu des livres eux-mêmes de manière à cataloguer les lieux, les personnes et les objets cités comme des nœuds sémantique clairement définis. Il s’agit enfin de pouvoir décrire l’usage des livres eux-mêmes selon des formats standardisés. Propulsé par la numérisation massive (c.a.d l’extraction massive de contenu sous des formes standards), nous entrons dans l’ère des lectures industrielles. Comme ce fut le cas avec la machinisation des cartes, parmi tous les modèles commerciaux de ce nouveau monde, il y a la gratuité d’accès, spectre terrifiant pour bien des éditeurs.

Certains types de livres, fortement régulés, se laissent facilement standardiser. Peux-être certains livres pour enfants prendront-ils cette voie. Mais il est probable que les albums les plus innovants ne trouveront pas leur place dans cette logique de conteneur-contenu. L’édition jeunesse offre donc un des rare bastion de résistance à cette grande vague.

Le dilemme de la standardisation et de l’innovation

Reste donc la voie des applications, fermées, non standards mais qui offrent de véritables possibilités d’innovation. Protégées par leur carapace, les applications permettent véritablement d’explorer  les différentes manières dont le livre peut internaliser ses propres interactions. Nous sommes loin d’avoir fait le tour des livres à géométries variables, des livres qui changent selon le moment et l’endroit où on les lit, des livres qui se lisent a plusieurs de manières inédites, des livres qui apprennent au fur et à mesure qu’ils sont lus et tous les autres possibles qu’offrent les livres algorithmiques. Plus généralement, les applications permettent de designer avec précision le type d’immersion que l’on souhaite offrir à son lecteur, ce que le livre standard a complètement renoncé de proposer.

Aujourd’hui les éditeurs jeunesse sont donc face à un dilemme.

1. Standardiser leur collection et parier sur le volume

2. Concevoir quelques livres-applications très innovants (qui pourraient ouvrir la voie sur un autre futur du livre que celui proposé aujourd’hui par les standards) et parier sur leur succès.

La seconde voie est une ambition pas forcement à la portée financière de tous les éditeurs, surtout des plus modestes. D’une certaine manière le processus de production d’une application n’est pas si éloigné de celui d’un film. Les modèles commerciaux et les risques sont de même nature. Pour se lancer dans la production d’application à succès l’éditeur doit investir et prendre des risques souvent plus importants, en tout cas moins maîtrisés,  que dans le cas du papier. Le monde de l’édition a besoin maintenant de « producteurs » qui misent sur le succès de certains titres comme on investit dans la réussite de certains films. Certains se sont déjà lancé dans l’aventure avec plus ou moins du succès. D’autres préfèrent attendre encore un peu que les premières innovations dans ce domaine se standardisent. Car au final les innovations les plus réussies qui naîtront sur les îles rebelles de l’édition jeunesse, finiront un jour sans doute elles aussi par devenir des standards et trouver leur place sur le grand continent des documents bien formatés. Comme au cinéma.

Cet article provient de Frederic Kaplan http://fkaplan.wordpress.com/2011/11/16/les-albums-pour-enfants-avant-garde-de-linnovation/

Publicités

Le numérique vendu plus cher que le papier à la bibliothèque

L’établissement a fait ce qu’il devait, pour contenter la demande : avec l’augmentation d’appareils de lecture comme le Kindle ou le Nook, la Salt Lake Public Library a décidé de compléter ses collections de livres avec 5253 ebooks.


Depuis décembre 2010, plus de 16.000 prêts ont été réalisés : un succès, certes, mais qui a un coût. C’est que, comme quasiment tous les établissements, la bibliothèque de Salt Lake, dans l’Utah, paye une redevance de 12.000 $ par an à la société OverDrive, pour disposer des nouveautés, du catalogue des éditeurs, et ainsi de suite.

 

dark dollar 2Or, les versions numériques des nouveaux titres auraient tendance à être vendus en moyenne 8 $ plus cher qu’une version papier, et certains, particulièrement populaires, grimpent à des tarifs atteignant 75,99 $.

 

OverDrive est aujourd’hui le leader sur le marché, avec un catalogue qui dépasse celui de ses concurrents. Ayant signé des accords avec un grand nombre d’éditeurs, la société est en mesure de proposer une offre relativement complète, et qui s’affine avec le temps.

 

En outre, OverDrive est parvenu à créer un écosystème second, qui permet de profiter de titres en format EPUB, lisible sur tous les appareils, excepté le Kindle. Et s’e’st donc mis à travailler avec Amazon pour proposer une offre de livres numériques en version Kindle.

 

Sauf que pour une bibliothèque, le modèle économique du livre numérique reste plus complexe que jamais… du côté de l’éditeur. En effet, l’établissement doit en acheter plusieurs, pour pouvoir les prêter. Et à des tarifs excessifs. Le titre, The Litigators de John Grisham est vendu 28,95 $ en papier, contre 36,99 $ en numérique.

 

De quoi alerter tout le monde est faire prendre conscience que les éditeurs ont manifestement trouvé la vache à lait pour pallier les manques de leur industrie.

 

Les bibliothèques ne seront pas en mesure de supporter sur le long terme ce type de politique tarifaire. Et pour offrir des ouvrages, dans des conditions correctes, il faudra bien que les éditeurs, et l’intermédiaire OverDrive, prennent conscience de cette autre réalité économique…

 

Cet article provient de Actualitté – Une page de caractère http://www.actualitte.com/actualite/monde-edition/bibliotheques/le-numerique-vendu-plus-cher-que-le-papier-a-la-bibliotheque-29976.htm

Les petits libraires bientôt privés de Net ? – Télérama

C’est la fable du pot de terre contre le pot de fer : d’un côté, un libraire en ligne, seul, indépendant, français ; de l’autre, le reste du monde, ou, plus exactement, Google et Amazon. Bernard Strainchamps, qui lança la librairie en ligne Bibliosurf en 2007, est en colère. Depuis que Google a mis sur le marché le nouvel algorithme Google Panda, affinant les recherches sur Internet, les nouveaux référencements ont fait baisser son trafic de 40 %. L’égalité de traitement entre les grands et les petits libraires en ligne est devenu, selon lui, impossible. (Lire)


So_cult’

Cet article provient de ElectronLibre.info http://www.electronlibre.info/lightbox.php?id_breve=11421

Kyobo eReader : le 1er reader avec écran Mirasol, à 230 €

Une bonne surprise… Alors que ces derniers jours, de nouveaux retards avaient été annoncés, on apprend aujourd’hui le lancement du Kyobo eReader, justement équipé de l’écran Mirasol. Kyobo a été le plus rapide à proposer le premier appareil au monde équipé de la technologie tant attendue, et le commercialise à un prix équivalent à 230 […]

Cet article provient de L'actu des ebooks http://actu-des-ebooks.fr/2011/11/22/kyobo-ereader-le-1er-reader-avec-ecran-mirasol-a-230-euros/

La vidéo du face à face Frédéric Beigbeder / François Bon

L’express a permis aux deux auteurs de confronter leurs points de vue. Frédéric Beigbeder perçoit le livre numérique comme un véritable danger, et il l’exprime autant dans les médias que dans son dernier livre « Premier Bilan après l’apocalypse ». Je ne présente plus François Bon, son engagement, ses ouvrages, ni son activité sur publie.net. Son nouvel ouvrage […]

Cet article provient de L'actu des ebooks http://actu-des-ebooks.fr/2011/11/15/la-video-du-face-a-face-frederic-beigbeder-francois-bon/

Pourquoi la loi sur les « livres indisponibles » devrait indigner les auteurs

Présenté à la fois à l’Assemblée Nationale et au Sénat, avec un poids politique véritable qui devrait faciliter son adoption, la proposition de loi sur l’exploitation numérique des livres du 20ème siècle devenus « indisponibles » paraît avoir tous les soucis… sauf celui de l’intérêt des auteurs et de l’intérêt collectif.

[Lire la suite]

Cet article provient de Numerama.com – Magazine http://www.numerama.com/magazine/20581-pourquoi-la-loi-sur-les-livres-indisponibles-devrait-indigner-les-auteurs.html

L’éditeur Penguin inaugure son service d’autoédition

Les exemples commencent à se multiplier. Il y a surtout eu le cas Amanda Hocking, devenue une star avec ses ebooks vendus par centaines de milliers chez Amazon, qui s’est vu offrir un contrat chez plusieurs maisons… avant que ce même Amazon ne décide de la publier directement.


Mais voilà : l’autoédition n’est plus du tout la branche honteuse de l’industrie du livre. Les outils se sont perfectionnés, la dimension numérique a largement simplifié les usages et la diffusion. Maintenant, on est auteur sans peine, ni passer par des services de publication à compte d’auteur. Ce qui, soit dit en passant, est une extraordinaire nouvelle.

 

Modèle économique potentiel ?

 

L’éditeur Penguin, outre-Atlantique, a senti le vent tourner. Et suivant l’exemple de ce que Harlequin propose depuis un bon moment, c’est vers les jeunes auteurs que la maison va lorgner. Comment ? En ouvrant justement un service d’aide à la publication, qui, pour une somme allant de 99 $ à 549 $, aide les auteurs à réaliser un livre, en version numérique, qui sera commercialisable en impression à la demande.

 

Le pari est intéressant. Mais pas bon. Dans l’idée de l’éditeur, cet outil est une source de revenus supplémentaire pour le groupe. Et en association avec Book Country, qui fournit les armes à Penguin, l’éditeur envisage sûrement plus de faire un peu d’argent que de découvrir des pépites. D’ailleurs, Molly Barton, président de Book Country est devenu directeur numérique chez Penguin.

 

Toutefois, la solution avancée est d’une grande simplicité, et il est possible que l’attrait de la marque séduise finalement certains.

 

Jouer sur la marque pour séduire

 

Sauf qu’avec un coût de 99 $ pour la réalisation d’un fichier numérique, les utilisateurs vigilants risquent de préférer la solution Kindle Direct Publishing, proposée par Amazon. Et sur laquelle le cybermarchand prend 30 % du prix de vente – bien que les conditions soient parfois délirantes.

 

Dans le communiqué commun des deux sociétés, on apprend par ailleurs que Penguin entend conforter son avance dans le domaine de l’édition numérique. Et avec cette solution double de version numérique et papier, il est possible de séduire un plus grand parc de clients.

 

D’autre part, Penguin est le premier des six grands éditeurs étasuniens à mettre un pied dans ce domaine. Le lancement de Authonomy, réseau social tourné autour de l’écriture, dont l’éditeur HarperCollins est à l’origine ne semble pas avoir trouvé la bonne formule. Peut-être parce que les ouvrages qui en sortent ne sont disponibles qu’en version numérique.

 

Site communautaire également Book Country a été lancé par Penguin en avril dernier, et propose un système de sélection des auteurs, par cooptation.

 

Reste à savoir quels contrats et quels auteurs sortiront de la machinerie Penguin.

Cet article provient de Actualitté – Une page de caractère http://www.actualitte.com/actualite/monde-edition/les-maisons/l-editeur-penguin-inaugure-son-service-d-autoedition-29858.htm

La bibliothèque d’eboks, par Amazon : violation du droit des auteurs ?

La Guilde américaine des auteurs vient de diffuser un long message à l’attention de tous ceux qui s’inquiètent de la présence de leur livre dans le programme de prêt mis en place par Amazon. Avec ce service, le cybermarchand entend compléter son offre, en permettant d’emprunter un livre par mois, sur un catalogue de plus de 5000 titres.


Kindle Online Lending Library, le programme en question, n’est disponible que pour les abonnés Premium d’Amazon, qui payent 79 $ par an, pour divers avantages. Dans cette histoire, les six grands éditeurs ont été approchés, mais manifestement ne sont pas disposés à entrer dans cette boucle.

 

Cependant, pointe la Guilde, Amazon n’a pas vraiment à obtenir l’accord des éditeurs, puisqu’ils ne demandent qu’à ce que le prix de gros, pour l’achat de livres numériques, soit réglé. Dès lors, Amazon estime qu’il peut faire ce qu’il veut avec les ebooks.

 

 

Un oubli de la part des éditeurs ? En tous cas, les auteurs dénoncent cette absence de contrôle du revendeur. En fait, le cybermarchand pourrait, ni plus ni moins, violer les accords passés entre l’éditeur et l’auteur, avec ce prêt de livres. Et une démonstration du pouvoir que le marchand a pu acquérir sur les six grands éditeurs, dans le segment du livre numérique.

 

Pour ce qui est des petits éditeurs, qui ont adhéré pleinement à ce programme. Amazon leur reverse une redevance annuelle forfaitaire, pour chaque titre inscrit au programme. Une décision qu’ils ne devraient pas pouvoir prendre sans le consentement des auteurs pointe de nouveau la Guilde. De fait, la licence permettant d’inscrire un ebook dans le programme de prêt d’Amazon serait tout bonnement en dehors des cessions de droit classique de l’auteur.

 

De là les recommandations de la Guilde : contacter son éditeur, et voir avec lui ce qu’il en est. Et lui intimer l’ordre de ne rien décider sans avoir obtenu une renégociation du contrat. Et si l’ouvrage compte déjà parmi ceux de la bibliothèque d’Amazon, juger en son âme et conscience si l’on souhaite qu’il y reste.

 

A lire, sur The Authors Guild

Cet article provient de Actualitté – Une page de caractère http://www.actualitte.com/actualite/monde-edition/bibliotheques/la-bibliotheque-d-eboks-par-amazon-violation-du-droit-des-auteurs-29807.htm

Navigation des articles