Le fil de la médiathèque

Veille de bibliothècaire

Archives mensuelles de “novembre, 2012”

Baromètre du livre numérique, 2e vague : les lecteurs ont doublé

Depuis le Salon du Livre de Paris et la première édition du baromètre semestriel sur les évolutions des usages du livre numérique, de l’encre (électronique) a coulé sous les ponts. Si bien que les résultats, en six mois à peine, ont considérablement évolué : les lecteurs de numérique sont 2 fois plus nombreux, tandis que l’ebook ne soulève plus les mêmes cris d’orfraie qu’auparavant.

 

{CARROUSEL}

 


L’étude se base sur un échantillon de 1994 personnes, représentatif de la population française âgé de 15 ans et plus, avec dans une première phase des questions posées début septembre 2012. La seconde phase, plus ciblée, ne concerne que 542 personnes, lectrices de livres numériques, et elles aussi âgées de 15 ans et plus.

 

Premier résultat, plutôt encourageant, voire même significatif : 14 % des Français ont déjà lu en totalité ou en partie un livre numérique, soit un chiffre double par rapport à celui du dernier Salon du livre (+ 8 points). Parallèlement, 78 % des plus de 15 ans n’envisagent pas la lecture d’un livre numérique, soit 11 points de moins depuis mars 2012. Le profil, lui, ne change pas vraiment : toujours CSP+, masculins et jeunes.

 

Le support privilégié pour la lecture reste la liseuse (85 %), devant la tablette (82 %), qui distancent largement, désormais, l’ordinateur portable (59 %), l’ordinateur fixe (40 %) et le smartphone, bon dernier (30 %). La tablette numérique, note l’étude, est l’équipement qui séduit le plus rapidement. Par ailleurs, le comportement reste celui d’un « lecteur » et non d’un « consommateur » : le livre numérique est donc généralement gratuit, même si 73 % des interrogés ont déjà acheté un livre numérique. Le paiement à l’acte, malgré la multiplication des modes de consommation, arrive toujours en tête.

 

Les plateformes d’achat privilégiées restent bien sûr Amazon, Google Play, et l’Apple Store (41 %), suivis par les sites des grandes surfaces (Fnac, Cultura, à 28 %…), tandis que les sites des librairies s’octroient la 3e place avec 18 %. Les acteurs français spécialisés dans la vente de livres, « hors sites de librairies » type Numilog ou Feedbooks, plafonnent à 8 %.

 

L’ebook reste marqué du sceau de la facilité de stockage et de rangement, et, malgré des critiques récurrentes, son coût moindre par rapport au livre papier. Ce dernier, à l’inverse, devient un quasi-produit de luxe, qui fera toujours un bon cadeau pour les fêtes de fin d’année. Sur les usages illicites, 17 % des répondants ont eu recours à un téléchargement illégal, pour des raisons bien connues : offre légale trop chère ou partielle, mais aussi des difficultés d’usage liées aux DRM (14 %). La pratique reste de toute façon marginale, par rapport à d’autres produits culturels.

 

2/3 des lecteurs certifient par ailleurs que le livre numérique n’a pas changé leurs habitudes de lecture, même si 53 % des interrogés assurent que leur usage des livres numériques va augmenter. Quant à la cannibalisation du papier par le numérique, son effectivité semble définitivement nulle, puisque 58 % pensent que leur pratique de l’imprimé va rester stable, contre 27 % qui s’imaginent lire moins sur un support papier.

 

La preuve par 16

 

En 16 points, les trois acteurs résument ainsi la situation du livre numérique en France

1. La lecture de l ivres numériques a augmenté de manière signif icat ive en seulement six mois : 14% de la populat ion française âgée de 15 ans et plus déclare avoir déjà lu, en part ie ou en totalité, un livre numérique. C’est plus du double qu’il y a six mois, à périmètre constant.
2. La proportion de personnes interrogées qui n’envisagent pas de lire un livre numérique a diminué sensiblement, 78% contre 90% il y a six mois, mais elle reste importante.
3. Les Français passent en moyenne une heure par jour à lire des textes numériques : 57 mn en moyenne par jour pour l’ensemble de la population française, 67 mn pour les lecteurs de livres numériques.
4. Les lecteurs de livres numériques sont de grands lecteurs de livres. 65% des lecteurs de livres numériques déclarent avoir lu un livre imprimé pour la dernière fois il y a moins d’un mois. Ils sont 45% chez les non lecteurs de livres numériques. Ces résultats confirment que le livre numérique correspond aujourd’hui davantage à une pratique nouvelle qu’à de nouveaux lecteurs.
5. La lecture de livres numériques change peu les habitudes de lecture et d’achat de livres : elle n’a aucun impact pour environ 60% des personnes interrogées. Certains ont légèrement tendance à lire plus (22%) et d’autres à lire moins (18%). Ils sont 28% à dépenser moins et 11% à dépenser plus.
6. La moitié (53%) des lecteurs de livres numériques déclarent lire, en règle générale, l’intégralité des livres numériques qu’ils possèdent.
7. 73% des lecteurs de livres numériques ont déjà acheté des livres numériques. La facilité de stockage, de rangement et de transport et, dans une moindre mesure, le prix sont les critères mis en avant pour ces achats. L’offre proposée, le confort de lecture, la facilité de consultation, la force de l’habitude et l’amour des livres papier sont, à l’inverse, les principales raisons expliquant l’achat du livre imprimé. 31% des acheteurs de livres numériques achètent également parfois la version imprimée.
8. Le paiement à l’acte reste privilégié par les lecteurs de livres numériques (64%), devant le prêt numérique (20%), l’abonnement (7%) ou la locat ion (7%).
9. L’acquisition de livres numériques se fait principalement sur les sites d’opérateurs internet (41% des lecteurs de livres numériques y ont recours) ou de grandes surfaces spécialisées (28%), et sur les sites internet des libraires (18%). A noter que les lecteurs de livres numériques acquièrent certains de ces livres directement sur des sites d’éditeurs (10% d’entre eux) et sur des sites d’auteurs (8%).
10. Équipement: 16% des lecteurs de livres numériques possèdent une liseuse, une proportion stable ; 37% possèdent une tablette, un chiffre presque deux fois supérieur à celui de mars 2012 (23%). 22% des lecteurs de livres numériques envisagent l’acquisition d’une tablette dans les six prochains mois.
11. La possession d’une liseuse ou d’une tablette numérique est un facteur déterminant pour l’usage de livres numériques : ils sont alors exclusivement ou fréquemment utilisés pour la lecture de livres numériques. Mais, compte tenu du taux d’équipement encore faible pour ces deux équipements, l’ordinateur portable reste – en valeur absolue – le support le plus utilisé pour la lecture de livres numériques. Observons de plus que, parmi les lecteurs de livres numériques, 30% des possesseurs de smartphones utilisent ce support pour lire des livres numériques.
12. Il ressort de ce deuxième baromètre que 58% des lecteurs de livres numériques ont acquis la plupart de leurs livres en payant, contre 41% gratuitement. A périmètre constant, cet écart se rééquilibre légèrement, au détriment du payant. A noter que la moitié des achats payants se situent entre 4 et 15 € par livre.
13. Le recours à une offre illégale de livres numériques reste faible par rapport aux autres industries culturelles, quoique notable : 2 lecteurs de livres numériques sur 10 déclarent avoir déjà eu recours à une offre illégale, soit environ 2% de la population française âgée de 15 ans et plus. Parmi les 70% de lecteurs n’ayant jamais eu recours à l’offre illégale, 59% justifient ce choix par le respect du droit d’auteur.
14. La littérature est la catégorie la plus lue (66%) et la plus achetée (60%) par les lecteurs de livres numériques. Parmi les autres catégories les plus lues, on trouve : les beaux livres (32%), les essais (32%), les livres techniques (25%), de sciences humaines et sociales (23%), la BD (22%), les ouvrages d’enseignement scolaire (18%) et les dictionnaires (22%).
15. Une majorité des lecteurs de livres numériques (53%) estime que, dans les années à venir, leur usage des livres numériques va augmenter; un tiers des lecteurs de livres numériques estiment que leur usage des livres numériques restera stable.
16. Concernant les attentes spontanées quant à l’évolution du livre numérique, 29% des lecteurs de livres numériques indiquent souhaiter que les prix soient plus accessibles, 12% souhaitent une offre plus variée, 35% ne savent pas et 14% n’ont aucune attente ; cette proport ion est caractérist ique d’un marché de l’offre.

 

 

 

Baromètre livre numérique – Vague 2 – Pour présentation orale_VF

Cet article provient de Actualitté – Une page de caractère http://www.actualitte.com/usages/barometre-du-livre-numerique-2e-vague-les-lecteurs-ont-double-38036.htm

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Ebooks: 22% des ventes de fiction aux Etats-Unis

Publication des traditionnels chiffres de l’édition américaine par Bowker Market Research. La progression du livre numérique commence à décellerer. Sur le dernier trimestre, il aura quand même pris un point de plus au livre de poche, avec maintenant 22% des ventes pour les éditeurs de fiction. Amazon représenterait 27% de ce total, Barnes and Noble derrière à 16% (via PublisherWeekly).


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Cet article provient de Aldus – depuis 2006 http://aldus2006.typepad.fr/mon_weblog/2012/11/ebooks-22-des-ventes-de-fiction-aux-etats-unis.html?utm_source=feedburner&utm_medium=feed&utm_campaign=Feed%3A+typepad%2FOEkF+%28Aldus+-+2006%29

Humble e-book Bundle : le lecteur choisit ce qu’il veut payer

L’opération vient des auteurs américains, et pour la soutenir, on trouve des noms qui reviennent souvent dans l’actualité. Neil Gaiman, Kelly LInk, ou encore Cory Doctorow, tous ont pris part à Humble e-book Bundle, une initiative caritative. Dans une précédente version, l’expérience avait été tentée dans le domaine du jeu vidéo, et recueilli plus de 7 millions $. Désormais, c’est avec le livre que l’on prolonge l’aventure.

 

 

 

 

Les partenaires de l’opération sont éloquents : l’Electronic Frontier Foundation, la Science Fiction & Fantasy Writers of America, le Child’s Play Charity. Et l’ensemble repose sur un principe très simple : payer ce que l’on veut pour acheter un ensemble de livres numériques, sans DRM, disponibles dans les différents formats habituels. L’ensemble de ce coffret coûterait 52 $ au prix fort, mais l’internaute peut donc verser ce qu’il souhaite. 

 

Et surtout, si le chaland paye plus que la moyenne des sommes versées, estimée à 12,02 $, il recevra deux ouvrages supplémentaires. 

 

Or, dans ce projet, les auteurs y trouvent également leur compte : avec Humble e-book Bundle, deux solutions. Soit une distribution par défaut, auquel cas l’auteur recevra 50 % de la somme versée, le restant étant divisé entre le site et l’organisme de charité. Mais il est également possible de répartir soi-même la somme globale. Ainsi, on ajuste entre les trois parties les montants que l’on souhaite allouer aux auteurs, au site et à l’organisme caritatif. 

 

Débuté ce mardi, le prochain durera deux semaines, avec plus de 26.728 titres qui ont été vendus, représentant plus de 321.000 $ au moment de la rédaction de cet article. Il n’est cependant pas possible de ne rien verser – le minimum est de 1 cent. 

 

Les titres à acheter sont les suivants

  • Signal to Noise – Neil Gaiman and Dave McKean
  • Old Man’s War – John Scalzi
  • Pirate Cinema – Cory Doctorow
  • Pump Six – Paolo Bacigalupi
  • Zoo City – Lauren Beukes
  • Invasion – Mercedes Lackey
  • Stranger Things Happen – Kelly Link
  • Magic for Beginners – Kelly Link

 

 Retrouver Humble e-book Bundle

 

 

  

 

Cet article provient de Actualitté – Une page de caractère http://www.actualitte.com/usages/humble-e-book-bundle-le-lecteur-choisit-ce-qu-il-veut-payer-37352.htm

Qu’est-ce que les RDA ? : 1ère partie

cataloging the lost art«… à la même heure, sur les mêmes livres, avec les mêmes règles, quelques centaines de bibliothécaires tirent la même langue. » Armand Lapalus

Tapez RDA dans le moteur de recherche de Messieurs Page et Brin : juste après feu la République Démocratique Allemande mais bien avant le Riding for the Disabled Association au Royaume-Uni, les Ressources : Description et Accès ont «monté» en pertinence régulièrement depuis les dernières années. Cependant dans le domaine relativement stable et conservateur du catalogage et de ses règles, il n’y en a présentement que pour ce nouveau phénomène. RDA est la nouvelle norme de catalogage destinée à remplacer dès 2013 nos bonnes vieilles Règles de Catalogage Anglo-Américaines 2e édition/Anglo-American Cataloguing Rules 2nd ed. (RCAA2/AACR2).

Petite histoire du catalogage

Toutefois, ce RDA est dans l’air depuis de très nombreuses années. Mais reprenons au début, enfin presque. L’année 1967 est mémorable à plus d’un titre : le métro fait ses premiers allers-retours sous la métropole et l’Expo 67 braque les feux du monde entier sur Montréal. Mais dans le domaine des bibliothèques, la parution des AACR (Anglo-American Cataloguing Rules) sous des textes distincts aux États-Unis et en Grande-Bretagne  marque une étape importante dans le domaine du catalogage. Ce texte de règles précises est sous tendue par les grands principes du catalogage avec le document «en main» et l’établissement du concept de «source principale d’information».

L’année suivante marque aussi une étape importante pour le catalogage : en effet en 1968 le codage des informations bibliographiques en format MARC (MAchine Readable Cataloging), un format d’encodage et de communication, permettra de transmettre et de recevoir plus facilement les notices en format lisible par machine.

Une 2e édition des AACR en 1978 unifie les 2 publications anglophones et les rend compatibles avec les règles de l’ISBD (International Standard Book Description) utilisées encore aujourd’hui pour consigner les éléments descriptifs fondamentaux selon un ordre précis et une ponctuation définie : bahh … ces catalogueurs avec leurs espaces, leurs points et leurs virgules !! Mais ne négligeons pas les immenses bénéfices d’une normalisation de la présentation des notices bibliographiques.

Bien sûr avant cela, Sir Anthony Panizzi du British Museum (le «Keeper of Printed Books») avait publié en 1841 ses «91 Rules for the Compilation of the Catalogue» qui illustrent une brillante (et controversée) idée à l’époque : plutôt que de constituer un simple inventaire des titres de la bibliothèque du British Museum, faire plutôt un catalogue qui serve de guide pour accéder aux ressources de la bibliothèque en uniformisant les formes d’auteurs et en donnant des accès sujet !! Ensuite M. Charles Ammi Cutter (oui oui … l’inventeur des … chiffres Cutter !!) publie en 1876 ses «Rules for a Printed Dictionary Catalogue». Dans l’introduction de son célèbre texte, Cutter «explains, in some of the most quoted words in library history, what a catalog is for and how it should work.

Objects

1. To enable a person to find a book of which either

(A) the author is known

(B) the title is known

(C) the subject is known

2. To show what a library has

(D) by a given author

(E) on a given subject

(F) in a given kind of literature.

3. To assist in the choice of a book

(G) as to its edition (bibliographically).

(H) as to its character (literary or topical).

Means

1. Author-entry with the necessary references (for A and D).

2. Title-entry or title-reference (for B).

3. Subject-entry, cross-references, and classed subject table (for C and E).

4. Form-entry and language-entry (for F).

5. Giving edition and imprint, with notes when necessary (for G).

6. Notes (for H).»[i]

Ce programme servira de base à toute la théorie du catalogage actuel (avec les AACR) et contient déjà, en germe, les notions «d’objets» et de «relations» à établir entre eux pour mieux satisfaire les besoins des usagers de l’information.

Pour une vision détaillée de ces importantes étapes et leurs rapports avec une notion aussi moderne que les RDA, la lecture de cette [très] intéressante histoire est suggérée de même que ce clair survol.

En 1978, donc, les RCAA2 sont publiées : elles offrent un standard robuste qui pourra aussi s’adapter à la description éventuelle de nouveaux types de documents audio-visuels alias les «non-books» ; elles intègrent les grands principes de catalogage internationaux (Les principes de Paris) et offrent une meilleure cohérence par rapport aux codes précédents.

Toutefois il est important de réaliser que «the heart and soul of the Anglo-American Cataloguing Rules is the book. Books with a title and a statement of responsability clearly displayed on the chief’s source of information : which on the book is the title page. A book will usually have a straight-forward title, a clearly stated statement of responsibility (i.e. an author or two), a familiar publisher, with standard paging, perhaps some illustrations, bibliographic references, etc. This is what AACR was designed to describe and it does it well»[ii]

Ainsi le traitement des «non-books» se fait toujours à travers la lentille des livres. Mais ce ne sont pas des livres! : où est la page de titre et où est le titre ? Sur un DVD, doit-on le chercher sur la jaquette, sur l’étiquette du disque lui-même, sur l’écran puisque le document est essentiellement visuel ?? Sur un CD, le trouve-t-on sur le livret, le dos, l’étiquette ? Et s’il varie d’un endroit à l’autre ?

Il ne faut aussi pas perdre de vue le contexte de l’époque : les petites fiches 3 X 5 sont de mise comme supports des notices bibliographiques, elles sont insérées dans des tiroirs et des meubles qui occupent des murs complets. Ici à la Bibliothèque de Montréal, les techniciennes devaient consacrer une journée semaine simplement pour les classer et on ne parle pas des lourdes conséquences à corriger une simple faute d’orthographe sur une fiche dont on dactylographie des dizaines de copies qu’on doit ensuite remplacer !!

Pendant ce temps, les OPAC proposent leurs premiers affichages à l’Ohio State University (1975) et à la Dallas Public Library (1978) ; on est toutefois loin des interfaces graphiques qui n’apparaîtront que vers le début des années 1990. Les premiers OPAC sont en mode caractère, sur un terminal dédié ou sur Telnet, confinés dans une seule bibliothèque et reproduisent fidèlement les fiches de catalogues qu’elles ont l’intention de remplacer!

Des mises à jour successives en 1988, 1998 et 2002 donnent aux RCAA2 plus d’actualité mais ces mises à jour demeurent «réactives» : elles interviennent après-coup afin de régler les problèmes posés par l’apparition de nouvelles ressources et même de nouvelles réalités. De plus en plus le besoin se fait sentir d’examiner mieux les principes sous-jacents aux Règles, d’évaluer les nouveaux types de média, les ressources numériques et l’évolution des technologies dans l’environnement Web. On se rend bien compte que la division des chapitres des RCAA2 en genres particuliers de documents (chapitre 5 Musique, chapitre 6 Enregistrement sonore, etc.) amène des incohérences dans l’application des règles notamment quand un nouveau type de document présente des caractéristiques propres à plusieurs chapitres. Par exemple, les ressources électroniques à distance qui exigent  l’utilisation du chapitre 9 (ressources électroniques) et de n’importe quel des chapitres précédents selon le contenu principal de la ressource : texte, carte, enregistrement sonore ou vidéo, etc.

Ce problème du contenu par rapport au support reste une des grandes faiblesses des RCAA2 ; ainsi RCAA2 propose de décrire comme un «ensemble multi-supports» un document constitué de divers genres de supports sans composante prédominante alors que la Library of Congress ne retient aucunement cette notion en indiquant que le catalogueur doit choisir une composante comme étant prédominante et traiter le(s) autre(s) comme matériel d’accompagnement. Aucune notice américaine (Library of Congress) n’est traitée en notice d’ensemble multi-support («kit») alors qu’au Canada si ; pourtant nous utilisons le même code de catalogage !!

L’absence de cadre théorique comme source de référence lorsque confronté à l’inondation d’information plombe aussi sérieusement le recours aux AACR2 qui présentent des règles claires mais parfois peu adaptables aux nouvelles réalités numériques ou autres.

Il est donc temps semble-t-il de passer et de penser à autre chose car

«Today things are vastly more complicated:

  • Cataloging costs money and takes time. Sharing cataloging records will save both, if everyone can agree on how to catalog things the same way.
  • Electronic resources (on computers) are hard to catalog and manage, and not always easy to make available.
  • Everything comes in many formats, and they’re hard to catalog, manage, and make available, too.
  • There’s more of everything.
  • Technology is changing how libraries work, what they have in their collections, and what users need and expect.»[iii]

Une meilleure compréhension et vision de l’organisation de l’information est maintenant nécessaire. Dès le début des années 90, l’IFLA (International Federation of Library Associations) publie des documents importants qui influenceront l’avenir des AACR2. En 1991 un groupe d’experts formé par cette fédération est mandaté pour définir, a priori, les «Functional Requirements for Bibliographic Records» (FRBR) ou «Spécifications Fonctionnelles des Notices Bibliographiques» «en prenant en compte les différents supports, les différentes utilisations, et les différents besoins des utilisateurs. L’étude devra balayer la totalité des fonctions assignées à la notice bibliographique dans l’acceptation la plus large du terme, à savoir une notice qui ne se limite pas à des éléments descriptifs, mais qui contient également des éléments d’accès (noms, titres, sujets, etc.), d’autres éléments structurants (classification, etc.) et des notes»[iv]. On veut donc parvenir à une modélisation des informations contenues dans les notices bibliographiques et des relations qu’entretiennent ces informations.

Ce groupe travaille durant 6 ans, fait appel à des experts dans tous les domaines afférents (chercheurs, éditeurs, bibliothécaires, concepteurs de systèmes documentaires, libraires, utilisateurs d’information de toute sorte) et publie en 1998 son rapport final.

Ce modèle est construit selon la méthodologie dite «entité-relation» très utilisée dans la constitution des bases de données relationnelles. Ce modèle compte trois composantes fondamentales:

  • entités
  • attributs des entités
  • relations entre les entités.

Dans la même foulée seront aussi publiées en 2009, les FRAD (Functional Requirements for Authority Data / Fonctionnalités requises des données d’autorité) qui s’appuient sur des principes semblables aux FRBR mais appliquées aux données d’autorité.

Le Joint Steering Committee for Revison on AACR2 (JSC) qui s’occupe depuis plusieurs années déjà des mises à jour ponctuelle des AACR2 (1988, 1998, 2002, 2005) recrute en 2003 M. Tom Delsey, un canadien, comme rédacteur en chef et responsable intellectuel d’une révision de plus grande ampleur des AACR2 afin de passer aux AACR3. Et ce M. Delsey est … le rédacteur principal des FRBR !

Les AACR3 ne verront cependant pas le jour car «un premier projet de texte a été soumis à l’examen des associations professionnelles et des institutions du monde entier en décembre 2004. Ce premier projet a suscité de très vives critiques, qui ont montré qu’une révision encore plus profonde des AACR était attendue. En avril 2005, le JSC a donc annoncé le lancement d’un chantier plus vaste et la préparation d’un code de catalogage entièrement renouvelé qui ne porterait plus le même nom. Les AACR, apparus en 1967, cesseront d’exister sous cette appellation et laisseront la place au nouveau code intitulé : Resource Description and Access (RDA).»[v]

À lui seul, le nom du nouveau code annonce ses couleurs :

  • exit le «Anglo-American» : le code se veut international dans sa (ses) langue(s) et sa visée.
  • exit le «cataloguing» : la description des ressources est commune à toute la communauté qui s’occupe d’information, pas uniquement les bibliothèques.
  • exit les «rules» : les règles rigides font place à des directives basées sur un cadre théorique ayant une plus large applicabilité et centré sur l’utilisateur.
  • même le ISBD en prend pour son rhume : en annexe (facultative) seulement des RDA, on trouve les indications sur la présentation des données. L’accent est mis sur l’information requise pour décrire une ressource et non sur la manière de présenter cette ressource.

Mais surtout ce nouveau code a aussi son fondement théorique celui-là même qui faisait cruellement défaut aux AACR et AACR2 ; en l’occurrence il s’agit des «FRBR» publié sept ans auparavant, en 1998 et celui des FRAD quelques années plus tard. Il s’agit là d’une «Radically Different Approach»[vi]

Demain, la 2e partie : Comment fonctionne les RDA.


[i] Denton, William. FRBR and the history of cataloging. p.40 http://pi.library.yorku.ca/dspace/bitstream/handle/10315/1250/denton-frbr-and-the-history-of-cataloging.pdf?sequence=1

[ii] Knight, Tim. Cataloging rules! The road to RDA. p.2 http://pi.library.yorku.ca/dspace/bitstream/handle/10315/2550/RDA_TALL_2009_final.pdf?sequence=1

[iii] Denton, William. FRBR and the history of cataloging. p.50 http://pi.library.yorku.ca/dspace/bitstream/handle/10315/1250/denton-frbr-and-the-history-of-cataloging.pdf?sequence=1,

[iv] Fédération internationale des associations de bibliothécaires et des bibliothèques. Fonctionnalités requises des notices bibliographiques. p.7. http://www.bnf.fr/documents/frbr_rapport_final.pdf,

[v] Bibliothèque Nationale de France. Ressources : Description et accès (RDA). http://www.bnf.fr/fr/professionnels/rda/s.rda_origines.html

[vi] Oliver, Chris. FRBR et RDA : Progrès dans la description des ressources de divers formats, Mars 2009, p.58. http://www.collectionscanada.gc.ca/obj/005002/f2/005002-2200-f.pdf

Cet article provient de Espace B http://espaceb.bibliomontreal.com/2012/10/01/qu-est-ce-que-les-rda-1ere-partie/

La bibliothèque numérique Rosalis est en ligne

Rosalis, la bibliothèque numérique de Toulouse, est en ligne. Elle propose à la consultation 60 000 documents, 6 millions d’images, 9 collections thématiques et de nouveaux modes de découverte des fonds numérisés. Le projet se veut ouvert et participatif.

Cet article provient de Actualité du monde de l'information et des bibliothèques http://www.enssib.fr/breves/2012/10/17/la-bibliotheque-numerique-rosalis-est-en-ligne

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