Le fil de la médiathèque

Veille de bibliothècaire

Auteurs, clients, ebooks : le lavage de cerveau façon Jeff Bezos

Jeff Bezos a créé Amazon. En vendant le premier des livres imprimés sur Internet. C’était avant. Maintenant, Jeff Bezos entend rester le premier. En vendant des livres numériques, sur internet. Moins cher encore et plus rentable que jamais, il vient de recevoir le soutien le plus prisé qui soit : celui du ministère de la Justice américain. 

 

Il faudrait remonter toutes les méthodes déployées par Amazon, depuis les premiers temps, pour comprendre combien le lavage de cerveau des clients a été long, minutieux et méthodique. Au point qu’aujourd’hui, le grand patron puisse assurer à ses actionnaires que tout va bien. Avec une certaine indécence – arrogance ? – il leur a fait parvenir un courrier, dans la foulée de la plainte du DoJ contre Apple et cinq éditeurs internationaux. Une manière de danser autour de la tombe qu’il leur a soigneusement creusée…

 

L’autoédition, sous haute surveillance

 

On y retrouve des témoignages de personnes qui recourent à Kindle Direct Publishing, l’outil de commercialisation de livres numériques uniquement à destination de l’écosystème Amazon, et qui connaît un succès incroyable. Pourquoi ? Parce qu’avant, un auteur seul pouvait arriver à vendre quelques dizaines de livres papier, et qu’aujourd’hui, ce sont des centaines de titres qu’il peut vendre, chaque mois, et plus encore. Therese Ragan assure : « En un peu plus d’un an, j’ai vendu près de 250.000 ebooks via le Kindle, et j’ai changé mes vieux rêves pour d’autres, plus grands, meilleurs. » Ouch.

 

Jeff Bezos n’a pour le moment pas à répondre au ministère de la Justice : sa société est si effroyablement absente de tous les débats – alors qu’elle est au coeur des questions de redevances et de taxes dans différents États, où elle ne paye rien, mais alors rien du tout – que c’en devient effrayant. Son absence est d’ailleurs si criante de vérité, que cette histoire d’entente sur le prix de vente des ebooks restera probablement à l’avenir comme l’entente Amazon. Du nom de celui qui l’a poussée, propulsée et qui a agi en sous-main pour retrouver son monopole passé. 

 

 

 

 

S’il y devait y avoir destruction de la chaîne du livre, il resterait encore Amazon. Étant donné que depuis des années, la société s’emploie à remplir tous les postes possibles dans la chaîne – tour à tour libraire, éditeur, distributeur et diffuseur d’ebooks, bibliothèque, etc. – Amazon prend toutes les places, qu’elle tente de saper. La question est : combien de manuscrits Bezos s’est-il fait refuser pour avoir tant de haine contre l’édition ?

 

Des milliers d’auteurs, aux milliers de livres

 

La division Kindle Direct Publishing, par laquelle passent les auteurs autoédités, compte déjà plus de mille auteurs qui ont vendu plus de mille exemplaires par mois de leurs livres. Certains d’entre eux ont même atteint des centaines de milliers de ventes, et deux sont entrés dans le Club des Millionnaires. « Les auteurs qui utilisent KDP conservent leurs droits d’auteurs, leurs droits dérivés, gardent la main sur leur calendrier de publication », amorce Jeff.

 

Mais surtout, « les auteurs PDK perçoivent 70 % de droits. Les plus grands éditeurs traditionnels versent des droits de 17,5 % sur les ebooks », par un calcul simple : 25 % de 70 % du prix de vente. « La structure des droits PDK transforme complètement la vie des auteurs. Un prix de vente classique et attractif est autour de 2,99 $ et les auteurs perçoivent 2 $ ! »

 

A lire : Amazon : le miroir aux alouettes de la politique tarifaire Kindle

 

Quand pour gagner la même somme, il faudrait, chez un éditeur classique, qu’ils vendent leurs titres 11,43 $. « Je vous assure que les auteurs vendent bien plus d’exemplaires à 2,99 $ qu’ils ne le feraient à 11,43 $. » Autant de successtory dont Bezos peut se vanter et faire exploser son plaisir devant les actionnaires, pour les réconforter, en cette période où le marché de l’ebook s’apprête à vaciller. Ou du moins à trembler un peu. 

 

Paradoxe : Amazon, garant futur de la liberté de publier

 

Évidemment, cela implique d’oublier les censures de livres autoédités, ou encore les batailles qui font rage sur les commentaires laissés par les internautes, et absolument hors de contrôle. C’est oublier l’affaire 1984 qui avait frappé, et le moment où des milliers de Kindles vraisemblablement se sont retrouvés privés d’un ouvrage acheté – parce qu’Amazon avait appuyé sur un bouton, et l’avait alors supprimé de tous les lecteurs ebook.

 

C’est aussi passer sous silence que si l’on ne peut plus se fournir en livres qu’auprès d’un seul et unique acteur, la diversité, pour le coup, peut être aussi vaste que possible, elle n’en reste pas moins soumise au diktat d’un seul – comme la presse italienne, inféodée à Berslusconi. C’est faire l’impasse sur les impôts qu’Amazon refuse de payer, pour prendre les commerces physiques à la gorge, ou encore oublier que les tablettes sont coûteuses à produire et qu’il a fallu largement rassurer les actionnaires, fin décembre. 

 

« Kindle Direct Publishin est fantastique pour les lecteurs parce qu’ils accèdent à des prix bas, mais, ce qui est peut-être tout aussi important, les lecteurs ont également accès à une plus grande diversité de titres, puisque les auteurs qui auraient été refusés chez de grands groupes d’édition trouvent leur place sur ce marché. […] La liste des meilleures ventes KIndle est pleine de petits éditeurs et d’auteurs indépendants, alors que celle du New York Times est dominée par des auteurs à succès, bien établis. »

 

La bibliodiversité, selon Amazon, selon les critères nouveaux d’Amazon, ça vous a une gueule de fin du monde… Et Jeff est particulièrement heureux d’avoir « un siège au premier rang », pour y assister. 

 

Pour approfondir

Contre l’entente d’Apple, le monopole d’Amazon sur les ebooks

Procès antitrust, ‘une très grande victoire pour Kindle’ 

La plainte contre Apple, ‘de l’herbe à chat pour l’Union européenne’

Cet article provient de Actualitté – Une page de caractère http://www.actualitte.com/actualite/monde-edition/economie/auteurs-clients-ebooks-le-lavage-de-cerveau-facon-jeff-bezos-33509.htm

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